Michel Wautelet
Michel Wautelet est professeur à l’Université de Mons-Hainaut (Belgique).
Il s’intéresse notamment aux relations entre sciences, technologies et société.
Notre vie quotidienne en 2050
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SOMMAIRE
1. Une société en mutation
2. Comment nos parents voyaient l’an 2000
3. Pétrole : une pénurie incontournable ?
4. La voiture de demain
5. Le transport des marchandises
6. Le cyberespace
7. De nouvelles technologies ?
8. Une économie différente, de gré ou de force
9. L’habitat
10. Vers la société de l’an 2050
11. Bibliographie
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1. Une société en mutation
Le futur m’intéresse, car c’est là que je veux passer le reste de mes jours. Cette formule bien connue résume parfaitement l’intérêt que nous portons au futur. Depuis le milieu du XXème siècle, notre vie quotidienne s’est modifiée à un rythme inhabituel jusque là. L’électroménager, les transports, les télécommunications, la médecine, les loisirs, etc. : que de choses ont changé. Qu’en sera-t-il dans quelques décennies ?
Nous sentons tous, plus ou moins confusément, que demain ne sera plus comme aujourd’hui. Nous le savons. Des signaux divers nous y préparent. Voitures et camions omniprésents mais changements climatiques, crises alimentaires et surplus au Nord mais sous-alimentation au Sud, pénuries de main d’œuvre dans des secteurs stratégiques mais chômage important,... La liste est longue de ces faits, plus ou moins importants, que certains voudraient confondre avec les peurs millénaristes.
Pourtant, à y regarder de plus près, ces éléments pourraient être les signes avant-coureurs d’une société future, différente de la société actuelle. Respect de l’environnement, prise de conscience de l’importance des transports en commun, épuisement des ressources pétrolières, lutte contre le gaspillage, mise sur pied de systèmes de réduction et de tri des déchets,... Il ne fait guère de doute que certains commencent enfin à se rendre compte que nous arrivons à la fin d’une époque d’abondance, unique dans l’histoire de l’humanité.
Lorsque l’on pense à la fin d’une époque, le premier réflexe est de lever les bras au ciel, de n’y voir que les aspects négatifs : baisse du niveau de vie moyen, régression du confort domestique, retour vers le passé. Dès lors, plusieurs réactions sont possibles :
n soit on ne se préoccupe pas du futur, on ne change rien à ses habitudes, en remettant la solution des problèmes à plus tard. On ne se posera les questions qu’au moment où il deviendra urgent de les résoudre ;
n soit on se dit que demain sera de toute façon moins bien qu’aujourd’hui. Dès lors, on profite de la situation actuelle, sans se poser de questions embarrassantes ;
n soit on tente d’examiner, de manière critique, ce qui nous attend, afin de nous y préparer en douceur, et de se rendre compte qu’il n’y a pas que du négatif dans le changement. C’est le point de vue adopté ici.
Depuis le début du vingtième siècle, nos sociétés occidentales ont fortement évolué. Avec la mondialisation de l’information, avec les moyens de transports rapides, avec le règne du capitalisme effréné, la situation a évolué de manière telle que demain est devenu imprévisible. Les événements se bousculent à un rythme fou, les hommes politiques des démocraties ne visent plus que leur réélection, les grands patrons veulent la rentabilité immédiate, le court terme est la règle des puissants. Prévoir ce que sera le futur à moyen et long terme n’est dans la volonté de presque personne. Nulle part, on ne voit, chez les responsables, de projet à long terme.
Pour se justifier, on fait appel à des notions de complexité, d’interdépendance des problèmes et des solutions. S’il est bien vrai que le monde est devenu complexe, que bien des événements nous échappent, il est pourtant irresponsable de ne pas vouloir regarder le futur. Car cela permettrait d’anticiper et de ne pas prendre des décisions qui, intéressantes pour nous et à court terme, seront néfastes pour les générations futures.
Ce qu’il faut avoir présent à l’esprit, c’est qu’il est sans doute plus facile de prévoir certains aspects de la vie dans le long terme que dans le court terme. En effet, le court terme est surtout dicté par des décisions actuelles, sur des intérêts divers, des rapports de force actuels. Savoir quelle décision sera prise dans un conflit entre deux parties de puissance ou d’influence comparables n’est pas simple. Par contre, en ce qui concerne le long terme, s’il n’est pas possible de connaître les détails de ce qui s’y déroulera, il est des faits prévisibles, incontournables, comme celui de l’épuisement des ressources pétrolières, voire très probables, comme le réchauffement climatique. Ne pas vouloir tirer les conséquences de tels événements serait irresponsable vis-à-vis de nos contemporains et de nos enfants. Ne risquons-nous pas de prendre des décisions, logiques dans le contexte actuel, mais que nos enfants auront bien du mal à réparer ? Nous savons les conséquences de décisions prises malencontreusement - mais avec de bonnes intentions - dans les années 1960-1970. Ne répétons pas ces erreurs.
Pour cela, il nous faut tenir compte des leçons du passé, mais aussi de notre nature humaine. Nous sommes des hommes, comme le seront nos successeurs. Cela signifie que nous ne sommes ni ne serons des êtres « parfaits ». Nous avons des besoins physiologiques et psychologiques, nous vivons des amitiés et des inimitiés, des désirs animaux et d’autres intellectuels, etc... Nous devons manger, mais nous aimons que la nourriture soit bonne. Nous devons vivre en société, mais nous avons aussi un besoin d’intimité, de vie secrète. Nous aimons nous sentir bien, égoïstement, mais nous savons que notre liberté se termine là où commence celle des autres. Dans la prévision du futur, il ne faut surtout pas oublier l’homme et sa nature. C’est parce qu’ils avaient oublié cet aspect que nos parents et grands-parents ont mal évalué notre monde.
Quand on regarde vers le futur, le rêve est certainement essentiel. Mais pour préparer le futur, il faut garder les yeux bien ouverts, pour ne pas se laisser prendre à des discours démagogiques, trompeurs. Car préparer l’avenir, ce n’est pas que rêver; c’est aussi organiser une réalité vivable pour tous. Or, la façon dont on nous présente certains éléments du futur est souvent partielle et partiale. Pourtant, un peu de bon sens, quelques éléments de réflexion permettent de revenir sur Terre. Préparer une société pour tous, cela demandera la contribution de tous. Le futur n’est pas seulement affaire de spécialistes. Encore faut-il y réfléchir, en tenant compte de l’homme. Mais en restant modestes, car conscients que nous ne sommes pas spécialistes dans tous les domaines à la fois.
Il n’est certainement pas dans notre propos de motiver à laisser tomber les bras devant la complexité des problèmes à résoudre. Au contraire, à une époque où certains prétendent que nous sommes arrivés à la fin de l’Histoire, qu’il n’y a plus rien de vraiment intéressant à faire, à découvrir, nous pensons que la société, le monde restent passionnants.
Concernant un sujet aussi complexe, aussi délicat, aussi subjectif que celui de la société future, il est nécessaire, pour être aussi efficace que possible, de prendre en compte des éléments très variés. Une société, surtout future, ne reposera pas sur le sable. Si le futur n’est pas prévisible avec certitude, il y a pourtant des éléments plausibles, voire incontournables. C’est à partir de ceux-ci que nous allons imaginer ce que pourrait être notre vie quotidienne en 2050. Il ne s’agit pas de prévoir avec certitude ce que sera notre vie dans un demi-siècle. Ce serait une prétention risible. Il s’agit de tenter de mettre en évidence des éléments plausibles, basés sur un scénario qui ne semble pas irréaliste et qui prend en compte notre comportement humain. Aujourd’hui, de nombreux futurs sont possibles. Un seul se réalisera. Mais chaque décision, même minime, prise aujourd’hui supprime plusieurs futurs du champ des possibilités. Si nous ne voulons pas aller vers un futur non désiré, il est utile d’examiner le futur de manière critique. Telle est une des motivations de cet ouvrage, qui pourrait aussi se résumer par le slogan : « Prévenir pour ne pas avoir à guérir ».
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