Jean-Marie LOUTON

 

 

 

DANS LE
PROLONGEMENT DU
CIEL

 

suivi d’ IMPRESSIONS DE PARIS

ET D’AILLEURS

 

 

(extraits)

 

 

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L’AUBE

 

L’aube naît comme l’enfant de la nuit

La première voiture éclabousse le silence

Te souviens-tu du merle grappillonnant les primevères

 

La douce senteur des jonquilles

s’inscrit en filigranes dans ma chair

Rappelle-toi nos cheveux voguaient au vent du sud

parmi les oasis violettes

 

La dernière étoile ouvre l’œil comme un clin

puis le referme c’est le jour

Une petite pluie douce flatte l’échine des herbes

Le chemin est flaqué

Nous courions alors dans les allées

éclaboussant le tilleul et le lierre

 

Vois-tu encore le poirier noueux

vieux gris où niche la mésange

et cet autre vieil arbre le cognassier

avec son fruit racorni

 

Le soleil joue parmi les violettes qui se voilent

La rosée fleurit

lait du matin

le calice de chaque fleur

C’est l’aube t’en souviens-tu

C’était le moment où nous regardions dans le ciel

les nuages orangés filer vers l’Italie

 

 

 

 

* * *

 

 

 

 


LA MER

 

La mer bat comme le flanc d’une bête essoufflée

irrégulière mais rythmique pourtant

avec ce souvenir du sable

 

Malgré la nuit comme souffle le vent

de ma fenêtre le noir épais

mille cygnes gris qui se frottent

Je broie du silence et je me retrouve

Je me sais là assis

presque trop penché sur ma table

avec cette grande lassitude des membres

 

Des volets claquent

C’est le vent doux qui escorte la mer depuis l’Angleterre

Vent de sable qui fuit comme le sable

et pfuit plus rien dans la main que le temps et soi

 

Mais la mer puissante et lente

au flux des profondeurs

au reflet des saisons

à la fonte des pluies qu’irisent les canards

le cou tendu

étrange comme le ciel ou le feu

 

Mais la mer

 

 

 

 

* * *

 

 

 

 


LA MORT

 

 

Ne pleurez pas comme le vent

lorsque les anémones descendent l’escalier du jour

violettes et roses

avec cette face végétale aux frontières de l’oubli

Ne pleurez pas non plus comme la forêt à l’automne

mille feuilles et encore mille

appelées à pourrir parmi les champignons et la mousse

 

Il est venu ce cavalier de fer

avec son heaume luisant comme la tanche et son bouclier

Mais c’est la mort peut-être qui hante ces lieux

Je m’endormirai comme l’araignée

alors que les cils de l’aube battront comme des tambours

mon corps à bout de rêve inerte

déjà la terre et plus jamais le ciel

 

La mer brosse la plage de ses pinceaux mouillés

O la belle toile où l’huile de varech s’épaissit en fulgurations lentes

Ce sera comme ça

Le grand œuvre qui s’achève avec les os

Mais la mort

les yeux pleins d’étoiles et de feu

tu sais ce feu à la limite de l’arbre

lorsque le ciel rosit comme une jeune épousée

 

Je ne serai plus rien

                               que l’herbe

                                                 et l’odeur

L’odeur de l’herbe mouillée qui brûle à petits coups

avec cette fumée en chevelure

et ce profil de cendre

 

Ne pleurez pas lorsque je serai mort

Je n’habiterai plus le fil de l’eau ou la brisure de la guêpe

Tiens il fera chaud

midi

s’épaissiront alors les cloches des campagnes et les appels du laboureur

Le vin sera tiède à force d’être humé

et le grand noyer effilochera ses doigts

aux caresses du vent

Ce seront les noces du sang avec la flutte du berger

et les enfants

Je serai mort raide et nu

flétri de boue

avec des fougères de peur dans le regard

Et ma chair commencera son lent pourrissement parmi la chair

 

Soleil

         et nuit

                   brouillard

en escalade de mon corps le cri et le mot

le cri lent modulé du haleur sur la rive

et ce mot que je n’ai jamais trouvé

l’unique

le poème

avec cette odeur d’ail et d’œillet vibrant comme la corde et vrai comme l’amour


 

 
 

 

 

 


* * *

 

 

 

 

 

 

Près de la gare Saint Lazare

au faîte des mansardes vitrées

l’éclair meurt dans l’œil

quand se couchent en corps à corps

les yeux fardés des demoiselles

 

 

 

 

* * *

 

 

 

 

Fleur bizarre des vergers noyés

ta tige ce cou pour demoiselle

avec du néon tremblant au bout

comme dans Neuilly-sur-Seine

je la prends de mes doigts fluets

doucement comme un insecte

 

Le brouillard creuse sa tranchée

dans la bouche des enfants

 

Doucement comme la vie au soleil

je la prends cette tige bleue

et dans ma main cet oiseau cogne

de l’aile sur la fenêtre de mes yeux

cassée comme n’importe quelle fleur

de ces vergers noyés de Seine

 

 

 

 

* * *

 

 

 

 

 

 

Cette chaise présente

comme le serait Dieu

s’il était devant moi

 

j’y crois

 

mais la chaise est présente

et Dieu meurt de paraître

 

alors quoi de plus net

qu’une chaise en bois

devant soi

 

 

 

* * *

 

 

Cet ouvrage peut être commandé chez l’auteur au prix de 9,00 euros