DANS LE
PROLONGEMENT DU CIEL
suivi d’ IMPRESSIONS DE PARIS
ET D’AILLEURS
(extraits)
* * *
L’AUBE
L’aube naît comme l’enfant de la nuit
La première voiture éclabousse le silence
Te souviens-tu du merle grappillonnant
les primevères
La douce senteur des jonquilles
s’inscrit en filigranes
dans ma chair
Rappelle-toi nos cheveux voguaient au vent du
sud
parmi les oasis
violettes
La dernière étoile ouvre l’œil comme un clin
puis le referme c’est
le jour
Une petite pluie douce flatte l’échine des
herbes
Le chemin est flaqué
Nous courions alors dans les allées
éclaboussant le tilleul et le
lierre
Vois-tu encore le poirier noueux
vieux gris où niche la
mésange
et cet autre vieil
arbre le cognassier
avec son fruit racorni
Le soleil joue parmi les violettes qui se
voilent
La rosée fleurit
lait du matin
le calice de chaque
fleur
C’est l’aube t’en souviens-tu
C’était le moment où nous regardions dans le
ciel
les nuages orangés
filer vers l’Italie
* * *
LA MER
La mer bat comme le flanc d’une bête
essoufflée
irrégulière mais rythmique
pourtant
avec ce souvenir du
sable
Malgré la nuit comme souffle le vent
de ma fenêtre le
noir épais
mille cygnes gris qui
se frottent
Je broie du silence et je me retrouve
Je me sais là assis
presque trop penché sur
ma table
avec cette grande
lassitude des membres
Des volets claquent
C’est le vent doux qui escorte la mer depuis
l’Angleterre
Vent de sable qui fuit comme le sable
et pfuit plus rien dans la main que le temps et soi
Mais la mer puissante et lente
au flux des
profondeurs
au reflet des
saisons
à la fonte des
pluies qu’irisent les canards
le cou tendu
étrange comme le ciel ou
le feu
Mais la mer
* * *
LA MORT
Ne pleurez pas comme le vent
lorsque les anémones
descendent l’escalier du jour
violettes et roses
avec cette face
végétale aux frontières de l’oubli
Ne pleurez pas non plus comme la forêt à
l’automne
mille feuilles et
encore mille
appelées à pourrir parmi
les champignons et la mousse
Il est venu ce cavalier de fer
avec son heaume
luisant comme la tanche et son bouclier
Mais c’est la mort peut-être qui hante ces
lieux
Je m’endormirai comme l’araignée
alors que les cils de
l’aube battront comme des tambours
mon corps à bout de
rêve inerte
déjà la terre et plus
jamais le ciel
La mer brosse la plage de ses pinceaux
mouillés
O la belle toile où l’huile de varech
s’épaissit en fulgurations lentes
Ce sera comme ça
Le grand œuvre qui s’achève avec les os
Mais la mort
les yeux pleins
d’étoiles et de feu
tu sais ce feu à la
limite de l’arbre
lorsque le ciel rosit
comme une jeune épousée
Je ne serai plus rien
que l’herbe
et l’odeur
L’odeur de l’herbe mouillée qui brûle à petits
coups
avec cette fumée en
chevelure
et ce profil de
cendre
Ne pleurez pas lorsque je serai mort
Je n’habiterai plus le fil de l’eau ou la
brisure de la guêpe
Tiens il fera chaud
midi
s’épaissiront alors les cloches
des campagnes et les appels du laboureur
Le vin sera tiède à force d’être humé
et le grand noyer
effilochera ses doigts
aux caresses du vent
Ce seront les noces du sang avec la flutte du
berger
et les enfants
Je serai mort raide et nu
flétri de boue
avec des fougères de
peur dans le regard
Et ma chair commencera son lent pourrissement
parmi la chair
Soleil
et nuit
brouillard
en escalade de mon
corps le cri et le mot
le cri lent modulé
du haleur sur la rive
et ce mot que je
n’ai jamais trouvé
l’unique
le poème
avec cette odeur d’ail
et d’œillet vibrant comme la corde et vrai comme l’amour
* * *
Près de la gare Saint Lazare
au faîte des
mansardes vitrées
l’éclair meurt dans l’œil
quand se couchent en
corps à corps
les yeux fardés des
demoiselles
* * *
Fleur bizarre des vergers noyés
ta tige ce cou pour
demoiselle
avec du néon tremblant
au bout
comme dans
Neuilly-sur-Seine
je la prends de mes
doigts fluets
doucement comme un insecte
Le brouillard creuse sa tranchée
dans la bouche des
enfants
Doucement comme la vie au soleil
je la prends cette
tige bleue
et dans ma main cet
oiseau cogne
de l’aile sur la
fenêtre de mes yeux
cassée comme n’importe
quelle fleur
de ces vergers noyés
de Seine
* * *
Cette chaise présente
comme le serait Dieu
s’il était devant moi
j’y crois
mais la chaise est
présente
et Dieu meurt de
paraître
alors quoi de plus net
qu’une chaise en bois
devant soi
* * *
Cet ouvrage peut être commandé
chez l’auteur au prix de 9,00 euros