JEAN
du SOLEIL
CHAPITRE
I
Un Enfant Solitaire
Jean était un enfant solitaire, par habitude sans doute, mais par choix aussi. Il jouait seul dans le petit appartement que ses parents louaient au dessus du salon de coiffure. Il passait les vacances scolaires seul, il allait à l’école en cheminant tout seul, il apprenait ses leçons en se récitant à lui-même, et il rédigeait ses devoirs sans personne derrière son dos.
Il n’était pourtant ni un enfant livré à lui-même, ni un enfant délaissé, ni un enfant maltraité, bien au contraire. Il était même plutôt heureux et choyé au sein de sa famille, un peu comme s’il avait été un enfant unique, ce qu’il n’était pas en réalité.
Ses parents étaient fiers de lui et ils l’aimaient beaucoup, à n’en pas douter, car il était le petit dernier, celui qu’on n’attendait plus, celui que les anciens aimaient à appeler le « pichounet » ou encore le « droulet » dans leur patois occitan.
Comme il était un enfant calme, respectueux et poli en société, attentif et appliqué en classe, ses parents ne tarissaient pas d’éloges à son égard, quand ils parlaient de lui avec les clients fidèles devenus presque des amis. « Jean est sage comme une image, de plus, il dit toujours bonjour et au revoir, merci, et encore pardon au contact des adultes !».
Adultes, le mot résonnait comme une vérité, tant le petit Jean vivait au milieu des adultes, parlait avec des adultes, jouait parfois avec des adultes, et sortait en ville avec des adultes.
Ses deux frères, respectivement ses aînés de 12 et 15 ans, se comportaient davantage comme deux jeunes pères que comme des frères plus âgés.
Ils l’aidaient à traverser la rue, le présentaient aux autres commerçants du FAUBOURG, lui réparaient ses jouets, l’aidaient à s’habiller ou à se laver, quand Maman ou Papa CASTAN étaient dans l’impossibilité de le faire.
Même sa première bicyclette, récupérée à la casse par Willy, avait été équipée et repeinte par ce dernier, avant d’être glissée dans la hotte du Père NOEL.
Car, Jean appartenait à une famille modeste de petits artisans, installés dans un faubourg de la ville très animé et très passager, et qui n’avait pour Soleil que le nom, celui de FAUBOURG DU SOLEIL.
Est-ce ce nom qui rendait Jean si rêveur, si étourdi et si mélancolique, parfois ? Est-ce ce nom qui le transportait, par la pensée, vers la Mer, vers ses plages et ses vagues, si souvent imaginées ?
A l’école, les autres enfants se moquaient de lui en le surnommant « l’endormi », tant il était calme et tant ses petits yeux verts marrons semblaient ne pas vouloir s’ouvrir de la journée, un peu comme des volets laissés entre baillés. Cette appellation, le plus souvent bienveillante de la part d’enfants plus animés par la curiosité que par la méchanceté, ne le gênait plus. Il était habitué à se l’entendre dire, c’était devenu son sobriquet, son surnom affectif, presque son deuxième prénom.
Comme il ne réagissait pas aux remarques de ses petits camarades, ces derniers ne se sentaient pas obligés d’en rajouter de trop. Jean n’était pas un enfant habité par la révolte ou par la vengeance. Sous son air rêveur, il observait, il écoutait, il apprenait et retenait les leçons de la vie, d’où qu’elles viennent.
Le fait d’être entouré, le plus souvent, par des adultes, le faisait grandir intérieurement, même s’il était très joueur et s’il préférait les jouets de LA MATERNELLE à ses premiers cours d’écolier en culottes courtes.
Ses parents, conscients de sa solitude d’enfant, tentaient de lui organiser des après-midi récréatives en invitant ses petits voisins. Ils lui choisissaient des camarades de jeux triés sur le volet, pas trop canailles, pas trop émancipés, ni trop remuants.
C’est ainsi, qu’enfant très solitaire, Jean devint moins isolé, moins replié sur lui-même, moins tenté de ne fréquenter que les grandes personnes de son petit monde.