Bernard Atmani

 

 
Rue des Ertes

 

Contes et poésies

 

 

 

avec dessins de Philippe AÏNI

 

 

 

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Extraits

 

 

 

 

La sittelle 

 

 

 

Lorsque j’étais enfant, j’étais persuadé d’être une sittelle, cet oiseau singulier qui descend le long des troncs d’arbres la tête en bas, et j’étais étonné de l’entêtement de mes parents qui s’obstinaient à me prendre pour un enfant, une position inconfortable et parfois douloureuse, surtout pour un oiseau, dont je me serais bien passé.

Craignant pour mon plumage et comprenant que mon avenir de sittelle se fragilisait de jour en jour, surtout après les démonstrations souvent pitoyables que j’avais eu l’imprudence de faire devant témoins sur les troncs d’arbres du jardin, je décidai finalement de faire amende honorable et de reconnaître mon erreur. Et c’est ainsi, devant toute la famille réunie et émue jusqu’aux larmes, que commença ma fulgurante période de martin-pêcheur.


 

Gazoulliville

 

 

 

Notre village et la forêt voisine sont célèbres dans toute l’Europe pour la beauté de leurs chants d’oiseaux. Nous avons déjà été récompensés par plusieurs prix et beaucoup de touristes étrangers ont acheté une maison chez nous ces dernières années. Bien sûr, il nous restait au départ quelques oiseaux d’origine. Ils nous ont servi de modèles et, grâce au talent de notre horloger-oiseleur, nous les avons rapidement multipliés par cent.

L’idée de créer un paradis pour les oiseaux nous est venue par hasard. Pour distraire les promeneurs, nous avions dissimulé un coucou dans les feuillages de la forêt voisine et, devant le succès immédiat de notre initiative, nous l’avons peu à peu étendue à tous les oiseaux familiers de notre région.

Le remplacement des piles usagées demeure à ce jour notre plus grand  problème. C’est la raison pour laquelle nous avons fondé « l’Ecole des Ecureuils », qui offre une activité sportive aux enfants du village. C’est un travail qui se fait toujours de nuit, à l’abri des regards, et qui est souvent dangereux. Comme pour remplacer les piles du loriot, par exemple, qui est l’oiseau le plus demandé en ce moment par les touristes et qui ne quitte pratiquement jamais la cime des plus grands arbres.


 

 

L’étournal

 

 

 

Souvent pris à tort pour un étourneau auquel il ressemble comme deux gouttes d’eau, l’étournal est un oiseau solitaire qui ne participe jamais aux grands ballets aériens auxquels se livrent ses congénères. Il est donc…en principe, facile à repérer. Mais repérer est une chose, et capturer en est une autre. Et si de riches collectionneurs offrent des sommes astronomiques pour la capture de cet oiseau effronté ce n’est pas sans raison. Car l’étournal possède l’étonnante faculté de trouver des diamants bruts dans le lit des rivières.

Transformé en véritable quête du Graal, la capture de l’étournal a occupé, et souvent ruiné, des générations entières de collectionneurs ignorants les lois de la nature. Il était pourtant prévisible dès le début qu’un étournal capturé et acheté à prix d’or nierait tout et qu’il se ferait aussitôt  passer pour un étourneau. 


  

 

La colombe

 

 

Cette colombe était venue s’installer un jour d’hiver dans notre jardin et je me souviens qu’au début, la prenant pour un banal oiseau de passage, nous n’y faisions  guère attention.

Au printemps suivant, en pleine période de reproduction, elle avait adopté une démarche chaloupée. Ce qui est mauvais signe car il est bien connu des colombophiles qu’une colombe qui adopte une démarche de canard risque fort de périr noyée, à cause de sa  méconnaissance du milieu aquatique.

Ne sachant trop que faire, nous avions eu l’idée de fabriquer une bouée pour la colombe, car elle avait pris l’habitude de quitter le jardin aux premières lueurs de l’aube pour aller traîner dans les environs. Nous habitions un chalet au bord d’un lac à ce moment-là et nous avions donc de bonnes raisons d’être inquiets.

C’est alors qu’un miracle se produisit. Grâce à sa bouée, notre gentille colombe fit rapidement de nombreuses connaissances parmi les oiseaux du lac. Elle ramenait chaque jour de nouveaux amis au chalet pour nous les présenter. Et je dois honnêtement reconnaître ici que pas un seul parmi tous ces malheureux prétendants, qu’il soit canard ou autre, n’en ressortit jamais dignement sur ses pattes.

Nous avons à présent la plus grande admiration pour cette colombe qui est entre temps devenue notre meilleure amie. D’autant qu’elle s’est depuis peu acoquinée avec un cormoran qui nous rapporte également du poisson.