En juillet 1950, le 6 exactement, la presse mondiale est informée par l'Agence Néerlandaise de Presse, qui annonce de Paramaribo, capitale de la Guyane hollandaise (actuel Surinam), la disparition de l'explorateur et journaliste français Raymond Maufrais, originaire de Toulon et âgé de 23 ans, alors qu'il tentait d'effectuer, seul, la traversée des monts Tumuc-Humac, à la frontière du Brésil et de la Guyane Française. "Des Indiens, précise l'A.N.P., ont retrouvé dans son dernier campement, son journal de route dans lequel Maufrais avait noté que, dans les derniers jours, manquant de vivres, il avait dû se nourrir de lézards, de grenouilles et de serpents. Il mentionnait qu'il avait dû abattre son chien pour assurer sa subsistance."
Le 9, la même agence signale que, selon les informations reçues à La Haye en provenance de Paramaribo, "les Indiens nomades craignent que Raymond Maufrais n'ait été tué par une tribu primitive."
Depuis plusieurs mois, on était sans nouvelles du jeune explorateur. Nul ne l'avait revu depuis sa rencontre avec un couple Bosch auquel il avait confié une dernière lettre adressée à ses parents et datée du 4 décembre 1949.
Les journaux, reprenant les informations diffusées dans le monde entier, ne manquent pas de souligner que le fait de n'avoir trouvé aucune trace de l'explorateur toulonnais était angoissant. Retrouverait-on Raymond Maufrais ou passerait-il à l'état de légende, comme l'un de ses prédécesseurs, le colonel Percy H. Fawcett, l'explorateur britannique disparu dans les forêts vierges du Matto-Grosso, au Brésil, en 1925 ? Si, pour certains, le nom de Raymond Maufrais rappelait un jeune garçon sympathique, au large rire de ses dents blanches de jeune loup avide de gloire et d'aventure, reporter né dont on avait pu apprécier le talent de conteur et de conférencier ; pour d'autres, une majorité, ce n'était qu'un inconnu qu'ils découvraient en apprenant sa disparition et dont l'intérêt admiratif allait grandir avec la révélation de son passé d'actions et de sa téméraire entreprise.
Pendant quelques jours l'histoire du jeune Toulonnais occupe les colonnes des journaux. Mais très vite, le nom de Raymond Maufrais disparait des premières pages des quotidiens. Et d'oublier son sourire radieux, ses aventures.
Son histoire était belle et la suite devait l'être plus encore car, à celle de ce garçon courageux jusqu'à la témérité et dont la soif d'idéal était un exemple à une jeunesse trop souvent indifférente, vint s'ajouter, plus tard, celle d'un père, Edgar Maufrais, qui rechercha pendant douze ans son fils disparu. Par sa ténacité, ce père donna une leçon de foi, de courage et d'amour paternel.
Aujourd'hui, peu de personnes - hormis une poignée d'amis fidèles - se souviennent encore des Maufrais, père et fils. Le but de ce récit n'est pas de tenter d'éclaircir le mystère de la disparition de Raymond Maufrais mais de faire connaître l'histoire authentique et cruelle du jeune explorateur, qui aurait eu soixante-douze ans aujourd'hui.