PREFACE

 

Il y a tant d'écrits, de commentaires sur l'insécurité routière que je n'ai pas échappé à la question À quoi bon ?

Mais comme dans bien des domaines si tout a été dit, il n'est peut être pas inutile de le répéter :

J'ai l'intention de dire plus et autrement.

Je rêve aussi de faire parler les Français qui, outre leur bon sens légendaire, ont des opinions sur tout, mais particulièrement sur la sécurité routière. Je souhaite que toutes les idées, même les plus farfelues en apparence, soient examinées, voire testées.

Je le sais, parler de sécurité, d'accidents, de blessés, de morts, cela n'est pas bien gai, mais je sais aussi que beaucoup en sont préoccupés. Vous avez beau rejeter ces pensées morbides, elles vous reviennent, oppressantes (quelquefois brutales comme une claque). Je propose donc aux plus insouciants de prendre conscience, aux plus inquiets, d'exorciser leur peur en la regardant en face. Pour réduire un ennemi, il faut d'abord le connaître, pour vaincre une situation il faut avant tout l'analyser.

Comment parcourir ce livre :

Vous avez déjà fait le premier pas en commençant cette lecture, faites des pauses et n'y revenez que lorsque vous le désirez. (Vous lirez ultérieurement tout ce qui est écrit en italique, qui concerne les pouvoirs publics, et échappe ainsi à notre décision).

Allez au bout de ces réflexions, elles vous aideront à adopter des attitudes de prévention, à devenir responsable et peut-être que le cours de votre vie en sera changé !

Tout n'a pas été dit et réalisé pour améliorer la sécurité sur les routes, seules les mesures les plus simples, les moins coûteuses pour l'Etat ont été entreprises.

Ces mesures ont donné des résultats, elles ont tout donné de ce qu'elles pouvaient donner. Déjà la courbe des accidents et des morts remonte. Il est beaucoup demandé aux usagers, mais seuls les hommes conscients sont interpellés.

Que fait l'Etat pour responsabiliser toute la population ?

Quand enfin l'Etat acceptera-t-il sa propre mise en cause ?

Cet ouvrage part d'un constat : La France, pays des droits de l'Homme est le moins sécuritaire, l'Etat est en échec !

Mais il n'y a rien à attendre des autres, des pouvoirs publics ! Ma sécurité, je dois l'assurer moi-même, c'est à moi de défendre ma peau. Quand j'aurai intégré ce principe je pourrai dénoncer et m'associer aux autres, ensemble, nous pourrons dire Nous, ce " Nous " collectif capable de réformer l'organisation collective qu'est : l'espace routier.

Alors, nous proposerons encore d'autres idées qui viennent du terrain, d'un vécu. Certes, nous n'avons pas la connaissance et les technicités ! Mais c'est cela notre supériorité nous osons tout imaginer, parce que nous ne sommes pas enfermés dans une connaissance, seul le combat incessant contre la mort inutile nous passionne.

La créativité c'est toujours un peu de folie.

Certains techniciens auront l'impression que j'enfonce des portes ouvertes. Vous connaissez si bien le sujet, vous y avez pensé, que dis-je, vous l'avez étudié ! Mais…Pour moi, il n'y a pas de " mais ". C'est pourquoi les propositions qui ont trait à ce collectif sont écrites en italique, elles ne sont que des pistes, à creuser à enrichir, avant de les critiquer.

Mais attention, vous qui êtes en responsabilité, ne les classez pas trop vite, elles sont réalistes et peuvent être essayées sans délais, sans études.

La route est la première cause de mortalité des 15-25 ans (acteurs et victimes)…

Souviens-toi ô homme ! Des soins attentifs de ta maman, pour faire de toi une fille un garçon à l'esprit bien fait dans un corps sain.

Que de précautions pour te nourrir sainement, que de soins à la moindre maladie, au petit bobo passager. Que de sacrifices, que d'heures de veille, de prévention, d'amour pour te protéger, te faire grandir, toi ce cher petit.

Et, en une fraction de seconde, parce que tu n'en as pas conscience, petit d'homme tant aimé, tu seras cassé, disloqué, broyé…Mort, un cadavre froid…

Ce que tes parents qui t'aiment tant, auront mis des années d'amour à construire, tu le laisseras détruire d'un coup, irrémédiablement. Par amour pour eux, pour leur rendre un peu de ce trop plein de tendresse donnée, ne peux-tu le leur en rendre un peu. Si peu pour toi, tant pour eux ! Devine ce qui leur est le plus important, pour toi, leur être cher ? La chair de leur chair.

Deviens conscient, deviens homme : Garde-toi !

La science fait reculer la maladie et allonge la moyenne de durée de vie. Les transplantations sauvent des existences qui étaient condamnées il y a 10ans. Parallèlement à ces efforts considérables, des êtres sains se suicident par désespoir ou par dépendances (cigarette, alcool, drogue etc.).

Curieuse humanité ! Ce que certains gagnent sur la vie d'autres le détruisent. Même les suicidés ne veulent pas mourir, ils ne veulent plus souffrir.

Quant à la route, elle tue aveuglément et comme pour achever ce cycle étrange, ce sont les victimes de la route qui sont pourvoyeurs d'organes pour leurs congénères souffrants.

La guerre, la misère et les drames de la route se valent en horreur et en victimes. Si la faim décime les peuples sous-développés, la route fauche les peuples civilisés.

Pourquoi serions-nous fatalistes devant cet effroyable incertain, quand d'autres hommes consacrent leur vie, leur talent à gagner sur la maladie sur la mort ?

La seule faute serait la résignation.

Du sang à l'heure… 1 mort à l'heure !

En France à chaque heure qui s'égrène de jour comme de nuit, il y a un mort de plus sur la route soit 8437 en 1998 (tués à 6 jours ou 8917 à 30 jours) 168535 blessés.

(En 1999 : 8029 tués à 6 jours, soit 4.8% et 8487 à 30 jours. Nous sommes revenus aux chiffres de 1996, est-ce un réel progrès ?

4 Blessés (3.90) à l'heure soit 33977 l'an, dont environ 4000 traumatismes crânien ! (En 1999 :31851 soit 3,6 à l'heure) …et pourtant c'est moins pire qu'avant !

Europe 43000 décès par an, 5 tués à l'heure, (1 toutes les 12 minutes). En 1997 le nombre de tués par millions d'habitants était de 59 pour la Grande-Bretagne, 61 pour la Suède, 75 pour les Pays-Bas et pour la France…Le double 144, soit la 12ème position !

En Angleterre, pour une population identique et une superficie plus exiguë, on ne déplore que 3500 morts, la moitié.

La France, le pays du record des piégés de la route.

Les victimes sont pour 13 % piétons, 27 % deux-roues et 60 % automobilistes.

La peine de mort depuis 1970 avait été prononcée 18 fois, 12 condamnés ont été graciés, 6 ont été exécutés. Ils étaient tous coupables de crimes de sang. Cette décision nous a valu un grand débat politique national.

Et pendant ce temps-là ! Douce France, tu es parmi les pays d'Europe celui qui tue le plus grand nombre de tes filles et de tes fils sur tes routes !

Aucun n'a tué ou est mort délibérément, ils étaient innocents !