Béatrice MARRA
Le
pot de terre contre le pot de fer
CHAPITRE 1
Des debuts
heureux
J’avais tout juste 21 ans et venais d’obtenir mon B.T.S
d’assistante de direction, quand j’ai
commencé à parcourir les offres d’emploi
de la région.
Un jour, j’ai répondu à une
annonce pour un poste de secrétaire.
L’entreprise concernée se trouvait à Monaco. Je n’habitais pas loin.
J’ai donc été convoquée à un
entretien d’embauche. On m’a demandé de faire quelques tests dans un bureau.
Je me souviens d’une grande silhouette habillée en costume bleu marine qui
m’observait un verre de whisky à
J’ai donc intégré cette
petite entreprise qui ne comportait qu’une poignée de cinq personnes dans les
bureaux principaux et tout le reste du
personnel, une cinquantaine de personnes, se trouvaient sur un autre site.
Deux appartements mitoyens
avaient été réunis pour constituer les bureaux de la société.
Le secrétariat que
j’occupais se trouvait près de l’entrée principale. Mes collègues de travail
étaient agréables et je m’entendais bien avec elles.
Je partageais ces locaux
avec trois autres femmes, un directeur et le président. On m’appelait la petite
car j’étais la plus jeune.
J’étais l’assistante du
directeur et du Président Directeur Général, Monsieur FERDINAND, dont j’effectuais le secrétariat et toutes
les tâches y afférant.
Mon directeur avait une
quarantaine d’années et je le trouvais très sympathique.
Le Président, quant à lui,
était très paternaliste. Il avait soixante dix ans. Je me sentais donc en confiance auprès de lui. C’était un bel
homme. Il aimait à raconter, ce que je considérais comme une fantaisie d'homme
âgé, qu'il avait gagné au fil de ses années, la réputation d’avoir été un grand séducteur. Il prétendait avoir été,
dans sa jeunesse, un des plus bel homme de la principauté et se ventait d’avoir
eu un grand nombre de conquêtes. Cela me faisait sourire, je le considérais un
peu comme un grand-père, racontant, à un entourage plus jeune, ses exploits.
J’étais jeune et naïve et j’aurais du me
méfier de ses discours dont la nature n'avait rien de professionnelle !
J'aurais du comprendre, devant son insistance à célébrer son Donjuanisme qu'il
avait peut-être un problème !
Il
avait toujours des petites amies
qui téléphonaient au bureau, et comme tous les appels passaient par moi, j’étais obligée de jongler avec ces rendez
vous, et de jouer l’intermédiaire que
cela me plaise ou non. Je n’aimais pas cette situation qui était souvent
embarrassante et dépassait le cadre de mes fonctions. Au
fil des mois je tentais, du mieux que je le pouvais, de vaincre ce que
je considérais à cette époque, comme une timidité personnelle de la jeune fille
que j'étais et qui ne connaissait pas encore « la vie ».
De
part la position de cet homme et de sa fortune il avait beaucoup de
pouvoirs ; l’argent lui donnait aussi les moyens de « s’offrir »
ou de gâter ses petites amies, bien qu’il était
marié. Cela ne me dérangeait pas. J’étais là pour faire mon travail et
n’en demandais pas plus.
Et d'une certaine façon, ces
histoires m’amusaient.
Étant la plus jeune et
sans obligations familiales, on m’avait
demandé de rester le soir jusqu’à 18 h 30 pour assurer une présence tardive, ce
que les autres secrétaires ne pouvaient pas assumer. Le soir à partir de 17 h 30, mes collègues commençaient à
s’en aller. Je restais alors souvent seule avec le directeur et le Président.
Tout se passait bien.
Mais au fil du temps, ce
vieil homme, a bientôt commencé à me
faire des compliments sur mes tenues, mon style, mes cheveux. « Vous êtes
bien roulée, vous devriez tirer vos cheveux, ne mettez pas de pantalon… écoutez
mes conseils, je sais de quoi je parle… etc.… »
Il est vrai que j’étais jeune, sportive,
blonde les cheveux long. On me disait plutôt jolie et coquette. Mais cet homme
ne semblait jamais rassasié des
coups d'œil qu'il me jetait, des conseils qu'il me prodiguait sans que bien
sûr, je ne lui en demande jamais aucun, et il est devenu, vraiment, de
plus en plus entreprenant. Au début, cela me flattait qu'un tel personnage
s'intéresse à moi. Je croyais que son intérêt était sincère, et je lui
concédais ce rôle de conseil en image féminine. Mais j'ai vite senti que son
intérêt dépassait certaines limites, car il voulait m'imposer un style de femme qui lui plaisait.
J’essayais alors poliment de lui faire comprendre que je n’étais pas là pour
lui plaire mais pour faire mon travail !
Il n'entendait rien et mes
protestations ne l'intéressaient pas.
Je commençais alors
à le trouver envahissant, gênant et déplacé. Je puis dire que c'est à partir de cette
période que son harcèlement a vraiment débuté, au début, ce n'étaient que
quelques flatteries, et puis après les premières années, il a semblé que je lui
appartenais et il ne se gênait plus pour prononcer des mots tout à fait
choquants.
Cet homme était tout en contraste,
en tant que patron, il était à l’écoute des ses employés. Il connaissait la
valeur du travail, car il avait démarré de rien et avait construit un empire.
Il avait aussi acquis la
nationalité monégasque.
Il était donc respecté par
ses employés qui lui reconnaissaient
volontiers, des qualités humaines.
Mais
je pense qu'il a chuté, car il s'était adonné à
J’allais donc régulièrement acheter du whisky,
et j’en cachais aussi dans mon bureau afin qu’il y en ait toujours de réserve.
Cela faisait aussi partie de mes « fonctions ». Il accordait plus
d’importance à ce genre de chose qu’au travail réel que je devais effectuer.
Je suis restée une dizaine
d’années dans cette société car la plupart du temps cela se passait bien. Mon
travail me plaisait ainsi que l’ambiance avec mes collègues de bureaux. Mais,
il fallait que je soies méfiante.